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La prison, spectacle créé en janvier 2006 au Théâtre-Studio à Alfortville

« La beauté de la mise en scène, c’est qu’elle institue un clivage du spectateur. Il peut à la fois rire et penser, parce que
le rire, au contraire du culte, libère un espace pour la pensée. On perçoit une telle unité du projet, une telle unité
du « pensé-joué » dans le projet, que, comme dans un poème ou une photographie réussis, tout ce qui y surgit s’y inscrit et fonctionne : la voix de Gilles Deleuze commentant le Gorgias de Platon, un air de fanfare joué par Albert Ayler... »

Pierre Lauret, philosophe et critique dramatique

 
 
 
 

" La prison est le seul endroit où le pouvoir peut se  manifester à l'état nu dans ses dimensions les plus excessives, et se justifier comme pouvoir moral. (…) C'est ça qui est fascinant dans les prisons, que pour une fois le pouvoir ne se cache pas, qu'il ne se masque pas, qu'il se montre comme tyrannie poussée dans les plus infimes détails cyniquement lui-même".

Entretien de Michel Foucault avec Gilles Deleuze.


À l’instar de Michel Foucault dans Surveiller et Punir, nous interrogeons le fonctionnement
de la prison, en tant que bâtiment, en tant qu’institution carcérale, son fonctionnement, son rôle dans la société. Nous ne nous plaçons pas
du point de vue de l’intérieur de la prison,
du point de vue du prisonnier mais plutôt de l’extérieur. Comment questionner la prison en la replaçant dans un contexte historique, social ou géographique ?

Quelle est donc la fonction de la prison à la fois contestée et immobile depuis sa naissance ? D'où vient-t-elle ? Comment s’est élaboré son projet ?
Comment concentre-t-elle les rapports de pouvoir à l’œuvre dans notre quotidien ?
Quels dispositifs, mis en œuvre dans l’institution carcérale, ont également cours à l’extérieur ? Peut-on retrouver ce modèle de surveillance, de redressement des corps et des comportements dans la rue, à l’école, à l’hôpital etc.?
Quels sont les individus dits « dangereux », les populations « coupables »?







Comme Foucault, nous posons des questions, sans y apporter de réponses exhaustives, ni de solutions mais en utilisant le théâtre comme
une boîte à outils. Nous en jouons, installant le dispositif scénique au cœur du spectacle. Ici, il s’agit d’une salle blanche où le gradin prend
la forme d’un « panoptique », une arène,
un cercle troué des travées. On joue au centre, autour, à la périphérie et dans les travées.
Les personnages sont parfois au centre sous le feu des projecteurs de manière choisie ou au contraire pris au piège par le croisement de tous les regards. Nous sommes ensemble dans un même espace où les spectateurs savent toujours où sont les comédiennes. Ce dispositif nous place au cœur d’un jeu d’exposition ou de surexposition. La surveillance, du panoptique
de Jeremy Bentham jusqu’à la notion récente
de traçabilité, tout ce que voir et être vu peut signifier, constitue l’axe du spectacle.

 

> La prison durée 1h10
conception, mise en scène, scénographie et interprétation
> Sabrina Baldassarra, Stéphanie Farison, Emmanuelle Lafon,
Sara Louis, Lucie Nicolas
scénographie > Daniel Lévy et le collectif F71
lumière > Frank Condat et Daniel Lévy
régie générale > Frank Condat
construction > Max Potiron
direction de production > Thérèse Coriou