« La prison est le seul endroit
où le pouvoir peut se manifester à l’état
nu dans ses dimensions les plus excessives, et se justifier comme
pouvoir moral. (…) C’est ça qui est fascinant dans
les prisons, que pour une fois le pouvoir ne se cache pas, qu’il
ne se masque pas, qu’il se montre comme tyrannie poussée
dans ses plus infimes détails, cyniquement lui-même »,
dit Michel Foucault à Gilles Deleuze dans Les Intellectuels
et le pouvoir (1972, L’Arc n°49).
|
|
Comment fonctionne la prison? D'où
vient-t-elle ?
Comment les techniques "disciplinaires" modèlent
nos corps, guident notre comportement vers plus d'utilité et
de docilité, à la maison, à l'école ou
à l'ANPE? Quels sont les individus, les populations coupables?
A l'instar de Foucault nous posons des questions, sans y apporter
de réponses exhaustives, ni de solutions mais en utilisant
le théâtre comme une boite à outils. Nous en jouons,
installant le dispositif scénique au coeur du spectacle : il
se passe des choses au centre, il se passe des choses à la
périphérie aussi. Le frottement d'expériences
de natures diverses comme la visite d'une prison américaine,
l'analyse de l'Histoire, ou la pose d'un bracelet électronique,
nous offre matière à penser la prison et la discipline
aujourd'hui.
|
 |
Fil conducteur du spectacle
et de la narration, la figure du philosophe demeure mais son interprétation
est plus irrévérencieuse, s’éloignant de
l’incarnation « au ras du réel » de l’Épisode
0. Notre corpus de textes n’est plus composé uniquement
d’archives ou de témoignages, mais également de
« reconstitutions historiques », de libres associations
d’idées basées sur la résonance entre une
pensée théorique et nos expériences intimes.
Nous donnons corps à des personnages contemporains ou historiques
(une lectrice du Guide du prisonnier, des hommes politiques, etc.)
mais nos propres corps sont à l’oeuvre également,
aux prises avec la visibilité choisie ou subie de la scène.
|